Les trames narratives

Le plus important dans une histoire, c'est ce qu'elle prend pour acquis. La morale est rarement dite de manière explicite; ce sont les actions des personnages qui servent à l'illustrer.
Dit autrement: ce qui révèle le sens d'une histoire, c'est l'univers qui son créateur a mis en place. Les règles qui y opèrent; ce que les personnages considèrent comme normal et allant de soi.
Harry Potter: il y a de la magie. Certaines personnes spéciales peuvent s'en servir, d'autres pas. C'est un pouvoir inné.
Mais aussi: les Méchants magiciens sont méchants par méchanceté. Ils veulent simplement dominer par amour du pouvoir. Il y a une fonction publique des magiciens, pas toujours compétente. Il y a une école de sorcellerie, qui fonctionne comme une école britannique. Les étudiants sont répartis entre quatre Maisons, dont chacune correspond à une qualité morale; et encore une fois, l'appartenance n'y est pas volontaire, mais innée. Le chapeau choisit.
Mais aussi: tout le monde est mesquin. Les amis sont fréquemment méchants entre eux, pour des vétilles. Un des élèves se fait briser le nez devant les autres, et se ramasse par terre dans une flaque de sang; et tous les élèves se mettent à rire, car c'est la scène la plus drôle qu'ils ont vue de leur vie. Plus encore: la scène est comique. Le lecteur est aussi supposé trouver cela drôle.
Voilà une des règles implicites de l'Univers de Harry Potter: la mesquinerie est un comportement humain normal. Valorisé, en vérité. Ce sont hos héros.
Batman: la volonté exceptionnelle d'un orphelin traumatisé lui permet de faire régner la justice en devenant l'incarnation de la terreur. C'est un milliardaire; sa famille était douce et bonne; les criminels sont des fous et des maniaques. Et quand la raison ne suffit pas à résoure un problème, il reste la violence. En fait, on y vient presque toujours. C'est la bataille finale. Le plus fort gagne. Le milliardaire traumatisé qui incarne la terreur.
Les riches sont les victimes des pauvres, dans cet univers, comme dans beaucoup d'autres.
Guerre des Étoiles: il y a des Jedi, des Sith, un Empire maléfique. Il y a la Force, une sorte de puissance universelle qu'on peut utiliser pour le bien ou le mal. Mais "utiliser la Force" veut aussi dire suivre son intuition.
Pour la trilogie initiale, c'est l'histoire d'un fermier adolescent qui devient un homme sage et puissant. Et l'histoire de la rédemption de son père. Et d'un contrebandier qui devient responsable. Mais aussi: la colère est mauvaise, et doit être surmontée. L'amitié est importante. Les Rebelles comptent des princesses, mais aussi beaucoup de gens ordinaire. Les gens humbles (incarnés par les droïdes) sont en bonne partie les vrais héros de l'histoire. Détail intéressant: dans la Guerre des Étoiles, la force brute ne gagne pas à la fin. La brutalité détruit celui qui s'en sert; et la sagesse consiste à y renoncer.
Films de Marvel: millardaire sympathique, inventeur génial et bon patron; brave soldat; puissance; violence. Le patriotisme est bon quand c'est celui des gentils. Il y un super-héros Africain, avec un costume africain, et un accent africain: il pense exactement comme un Américain. La violence règle les problèmes. La technologie va nous sauver. Il faut ouvrir nos frontières. Aux Américains.
Fast and the Furious, La Matrice, l'Exorciste ou le Parrain: choisissez n'importe quelle franchise, n'importe quel film, n'importe quel livre ou jeu vidéo, et vous verrez les mêmes principes.
C'est la trame narrative. Le fond de l'histoire. Ce qu'elle raconte vraiment.