Le problème de la morale

Toutes les révolutions finissent mal tôt ou tard. Pourquoi?
Les plus grands crimes de l'ère moderne ont tous été commis par des gens qui croyaient faire le bien. Sans doute la plupart des petits crimes aussi.
Et tout le monde croit toujours faire exception à la règle. "'Moi, c'est différent Les autres ne sont que des ignorants, des fanatiques et des méchants; tandis que moi, j'ai réellement la vérité absolue."
Fondamentalement, c'est ce Jung appelait l'Ombre.
Jung n'était pas optimiste. Il avait vu ce qui s'en venait.
Beaucoup de gens ont cru qu'un éveil spirituel collectif allait nous sauver. Je l'ai cru aussi.
Un tel éveil demeure possible, mais n'est pas suffisant. Aussi souhaitable qu'il soit, et il l'est, il représente aussi un piège, dans lequel "les gens spirituels" tombent très facilement.
La base d'un éveil spirituel, c'est de réaliser l'unité fondamentale de l'Univers. Il n'y a rien de séparé, la conscience individuelle est une illusion, etc.D'accord.
Nous sommes des esprits dans la matière. Soit.
Nous sommes des esprits. Tous les esprits participent de cette unité fondamentale. Tout n'est un. Très bien. C'est vrai, c'est important.
Sauf que nous sommes des esprits dans la matière. Et dans la matière, il y a des pôles. Mâle/femelle. Chaud/froid. Nuit/jour. Amour/haine. Vie/mort.
La morale se présente comme une manière de définir le bien et le mal. La seule façon, en fait. La morale se présente toujours comme la championne du bien, et l'ennemie du mal. C'est sa raison d'être. Bien/mal: c'est une opposition binaire, peut-être la plus fondamentale. Un couple. Et qu'est-ce que cela nous indique tout de suite? Qu'elle est un phénomène qui appartient au monde de la matière. Et qu'elle a donc forcément, obligatoirement, inévitablement une part d'ombre, égale à sa part de lumière.
Comme pour toute chose, il y a deux façons de vivre cette dualité: l'acceptation, ou le déni.
Ceux qui croient qu'accepter la part d'ombre est facile, ne l'ont jamais fait.
Ceux qui croient que cette question ne s'applique pas à leurs croyances, sont en déni.
Ce qu'on dénie, on le refoule.
Ce qu'on refoule contrôle notre vie.
C'est pourquoi toute morale est vouée à l'échec. Elle tente de détruire quelque chose qui fait partie d'elle. Elle refoule donc sa part d'ombre. Qui, parce qu'elle est refoulée, finit par la dominer.
Et pourtant, on ne peut vivre sans quelque chose comme la morale. Sur le plan spirituel, dans les sphères les plus raréfiées de la conscience cosmique, il n'y a pas de différence entre rien. Tout est unité. La pluie et le beau temps. Subir un génocide ou le commettre.
Mais pour nous, qui vivons sur cette Terre, tout esprit que nous soyons en notre être le plus profond, il existe néanmoins une différence. Elle est importante.
Il n'y a pas de réponse facile. Pas de certitude. Pas de confort; pas sur cette question.
Parce que la réponse, c'est la question. La pause qu'elle devrait susciter.
Je suis, moi, optimiste. C'est un choix. Mais je ne me fais pas d'illusions sur l'état actuel de la psyché humaine. Je ne sais pas si je vois les mêmes choses que Jung, mais je devine que c'est assez proche.
Je ne suis pas un parangon de la morale, un pape ou un curé.
Je n'ai pas la vérité absolue.
Je sais qu'il faut faire de quoi, et qu'on n'a vraiment plus beaucoup de temps.
Des gens plus sages que moi suggèrent de commencer par nourrir les gens qui crèvent de faim. Partager à la place de gaspiller.
Je ne sais pas où ça se situe sur l'échelle morale.
Mais ça semble un bon début.