La solution de l'inconfort

Notre cerveau est conçu pour nous garder en vie. Il n'aime pas l'ambiguité.
Notre système nerveux a sa propre manière de comprendre le monde. Tout ce qu'il a pour interagir avec celui-ci, ce sont des sensations.
Mais il ne fait pas la différence entre une sensation provoquée par le monde extérieur, et une autre par notre imagination. Pour lui, un signal est un signal. S'il l'interprète comme une menace, il va tenter de l'éliminer, ou de la fuire.
Mais pour l'Homo Sapiens, il y a plus. Car ce mammifère a un cerveau très complexe, capable de langage et d'imagination; et que, pour des raisons que personne ne connaît vraiment, il se raconte des histoires.
Nos histoires véhiculent des émotions. Et quoi de mieux pour gérer une émotion dont nous ne savons pas quoi faire, que de la distraire avec une autre émotion?
Ainsi, dans bien des cas, le système nerveux demande au cerveau s'il n'aurait pas une histoire qui pourrait le dépanner. Et le cerveau dit bien entendu, et il ressort quelque chose qui a marché quand le mammifère était petit et très influençable. "Il y a un problème avec moi", par exemple. Trop gros, maladroit, stupide, peu importe.
Et le système nerveux dit: "Ah, c'est excellent, ça, ça marche depuis que le mammifère a cinq ans, quand on lui criait toujours après et qu'il ne pouvait rien faire. Ç'a l'a gardé en sécurité dans le temps, c'est tout ce qu'il nous faut."
Et le mammifère se ramasse à 50 ans, et il n'a rien fait de sa vie.
Pour le système nerveux, c'est une réussite.

La survie n'est pas le bonheur.
Car chacun porte en soi, plus profond que son système nerveux, quelque chose que les Anciens appelaient l'esprit, ou l'âme, ou le Daimon, et pour lequel nous n'avons plus de mot, à part ceux que nous trouvons méprisables.
Nous croyons à l'individu, mais nous ne savons plus qui nous sommes, ni comment le retrouver. Des consommateurs, des contribuables, des électeurs, des entrepreneurs... peut-être. Mais des humains?
Nous avons beaucoup d'histoires, qui nous maintiennent en sécurité, du point de vue du système nerveux. Mais nous sommes malheureux. Perdus. Morts en dedans. Nous avons des tonnes de réponses, mais nous avons oublié les questions. Qui est-ce que je suis? Qu'est-ce que je suis supposé faire? Pourquoi sommes-nous ici?
Inconfort.
Profit! Religion! Progrès!
Confort.
Et nous mourons.
Alors, qu'est-ce qu'on peut faire?

Et s'il fallait accepter l'inconfort?