Homo Narrans

Nous sommes prisonniers des histoires que nous nous racontons.

L'univers est incroyablement complexe. Nous n'en percevons qu'une partie infinitésimale.

Notre monde, lui-même minuscule, est plus complexe que ce que nous sommes capable de comprendre.

Nos sociétés, leurs interactions, leur évolution au fil des siècles, tout cela dépasse de loin notre entendement, nous qui ne vivons qu'une poignée de soupirs.

Nous ne savons pas qui nous sommes.

Nous ne savons pas d'où nous venons, où nous allons, ce que nous faisons, ni le pourquoi, ni le comment. Nous faisons une chose, nous en disons une autre, et nous en pensons encore une autre. Et sous cette pensée, que de choses inavouables...

Notre cerveau n'est pas capable de saisir tout cela. Il ne le sera jamais. On ne peut pas construire une maquette à l'échelle de New York dans une boîte d'allumettes.

Plusieurs l'ont observé avant: l"homo sapiens est mal nommé. Ce qui le caractérise, ce n'est ni son intelligence, ni sa faculté de discernement - toutes deux hautement discutables - mais le fait qu'il crée des histoires. Il prend le chaos apparent de son univers, et l'organise d'une manière à créer un sens. Voici ce qui est bien, ce qui est mal. Voici une injustice qui est arrivée il y a longtemps, dont nous avons souffert ou que nous avons commise.

Ce n'est pas une mauvaise chose. Ce n'est pas une bonne chose. L'homo sapiens se raconte des histoires. C'est ce qu'il fait; c'est sans doute ce qu'il fera toujours.

La plupart de ces histoires sont inconscientes.

Et pour cette raison, toutes sont dangereuses.

Il y en a beaucoup.